Extrait gratuit · Prologue
Lire un extrait d’Héritier de rien
Voici l’ouverture du prologue du récit autobiographique de Gilbert Myotte.
Je viens d’un monde où l’on parlait peu.
Pas par élégance. Pas par sagesse. Par nécessité. Parce que, chez nous, les mots coûtaient plus cher que le silence et servaient moins souvent.
J’ai vécu mon adolescence dans un petit appartement où l’air semblait toujours lesté de quelque chose de lourd, d’invisible, une gravité ancienne qui se déposait sur les meubles, sur les corps, sur les repas, sur les soirs.
À table, on ne parlait ni de vocation, ni de projets, ni de ces grands lendemains qui fleurissent dans les familles sûres d’elles-mêmes. On parlait surtout de ce qu’il fallait faire pour tenir. Tenir le mois. Tenir au travail. Tenir debout quand même. Chez nous, la vie n’était pas une promesse. C’était une manière de résister sans bruit.